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  • Numéro 8 / novembre 2008

    De Njord à la Suisse, le gaz naturel norvégien parcourt 2000 km

    La Norvège est un pilier important de l’approvisionnement de la Suisse en gaz naturel. Presque un tiers de la consommation finale suisse est couvert par du gaz norvégien. «Gazorama» a accompagné une équipe de la télévision suisse sur la plate-forme de Njord, qui extrait du gaz naturel et du pétrole le nord de la Norvège. A elle seule, elle pourrait couvrir deux tiers de la consommation annuelle de gaz naturel de la Suisse.

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    La plate-forme Njord A.

    Foto StatoilHydro.

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    Arrivée sur la plate-forme.

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    Nouveau forage allant jusqu'à 3'000 mètres de profondeur.

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    Coup d'oeil dans la salle de commande de Njord A.

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    Toujours prêts: les canots de sauvetage orange de la plate-forme.

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    Oliver Bono, de l'équipe de TV, à l'interview avec Sissel Bergset. A droite: la conduite qui achemine le gaz naturel au pipeline.

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    En arrière plan, le bateau-citerne Njord B.

    Fotos Daniel Bächtold.

    Au départ de Kristiansund, il faut à peine 30 minutes de vol en hélicoptère pour rallier la plate-forme de Njord, située à 130 km du continent. Nous partageons le voyage avec une douzaine de travailleurs qui vont relever leurs collègues sur la plate-forme. Rune Adolfsen, chef de plusieurs installations de forage du groupe StatoilHydro dans la région, nous avait parlé de vents à plus de 100 km/h et de vagues allant jusqu’à 11 mètres. Vu la zone de basse pression qui s’étend, même les gros bateaux d’approvisionnement restent à l’abri dans les ports. Par mesure de sécurité, tous les transports de personnes vers les plates-formes se font par voie aérienne. Usuellement, le matériel et les provisions sont convoyés par bateau, avant d’être hissés sur la plate-forme par une énorme grue. Pour cela, il faut toutefois que la mer soit calme.

    Des normes de sécurité extrêmes

    Nous voilà maintenant vêtus des combinaisons orange qui, en cas d’amerrissage d’urgence, nous permettraient de résister à l’hypothermie et à une mort rapide dans les eaux froides de la mer du Nord (quelques degrés au-dessus de zéro). Auparavant, à l’occasion d’un briefing de sécurité ne laissant rien au hasard, nous avons appris la marche à suivre pour quitter par la fenêtre l’hélicoptère flottant sur le flanc. Chaque personne est équipée d’un transpondeur directement arrimé à la combinaison, qui émet son signal dès qu’il entre en contact avec l’eau, pour accélérer les recherches. Pour accéder à la plate-forme, les visiteurs doivent être en possession d’un certificat médical ad hoc. La veille au soir, toute l’équipe passe ainsi dans le cabinet du Dr Petter Taknæs. Avant de recevoir le document «Helseerklæring», il faudra passer par toute une batterie d’examens: aux questions concernant les maladies, opérations et autres problèmes de santé, succèdent celles concernant la consommation régulière de médicaments et de drogues. Les fonctions pulmonaire et cardiaque sont passées au peigne fin, et les réflexes des bras et des jambes sont testés. Le certificat est valable pendant deux ans pour séjourner sur les plates-formes en mer norvégienne.

    Une réputation à défendre

    «En tant que plus grande société de Norvège, nous avons une bonne réputation. Or une réputation est vite perdue. Raison pour laquelle nous avons des normes de sécurité extrêmement élevées. Nous faisons tout pour éviter accidents et aux autres événements négatifs», explique Sverre Kojedal, du service de la communication de StatoilHydro. Et de souligner que le groupe a renoncé à recourir aux plongeurs sous-marins en raison du risque d’accident: «Aujourd’hui, nous faisons tout le travail à l’aide de robots télécommandés.»

    En cas d’alarme, embarquement immédiat dans les canots de sauvetage

    Via nos écouteurs, le pilote nous indique de mettre le capuchon de la combinaison. A travers la fenêtre, Njord A se découpe sur l’horizon. Le décollage et l’atterrissage sont parmi les phases les plus délicates du vol. Le Super Puma se pose en délicatesse, malgré le vent tempétueux et les mouvements de la plate-forme. Un membre du personnel nous indique le chemin qui mène vers l’escalier, tandis qu’un autre décharge la soute. Un étage plus bas, dans le local de réception, Olav Godø, chef de la plate-forme, nous souhaite la bienvenue, et en profite pour glisser dans la main de chacun une plaquette grosse comme une thune. Y figurent le numéro du canot de sauvetage et celui de la place qu’il faut occuper au plus vite en cas d’alarme. Quelques instants plus tard: projection vidéo des consignes de sécurité, puis démonstration de l’utilisation du canot de sauvetage. Une sorte de sous-marin, dont deux exemplaires attendent à chacune des deux extrémités de la plate-forme, proues pointées contre la mer en contrebas. Dedans: des sièges en rang pour environ 70 personnes. Sur chaque siège: ceintures de sécurité pelvienne et frontale. Le cas échéant, le canot est ensuite catapulté dans l’eau, puis ballotté au gré des vagues. L’habitacle, exigu et sombre, sent le renfermé – presque comme un sarcophage. Mais on nous promet qu’il y a de l’eau des médicaments contre le mal de mer à bord. On retrouve les mêmes «lifeboats» orange sur les deux côtés des nombreux bateaux d’approvisionnement.

    Plusieurs ancrages au fond marin

    La plate-forme de forage de Njord est en service depuis 1997. Elle flotte environ 330 m au-dessus des fonds marins. A ses quatre coins, elle est arrimée au fond par un triple ancrage. L’extraction a commencé par le pétrole, le gaz étant réinjecté dans le forage. La plate-forme est aujourd’hui aussi équipée pour extraire du gaz naturel. Coût de l’opération réalisée en 2007: 200 millions de francs, à quoi il faut ajouter 100 autres millions pour de nouveaux forages. Les 14 puits de forage livrent un mélange de pétrole brut, de gaz naturel et d’eau. «Le mélange remonte tout seul, même pas besoin de pomper», précise Sissel Bergset, notre guide. Après avoir été chef de la plate-forme pendant trois ans, elle connaît l’installation dans ses moindres recoins. Rythme de travail: deux semaines de service, à raison de 12 heures de travail quotidien, incluant 1 heure pour le repas de midi et deux pauses. Puis quatre semaines de congé. Et ça recommence. Le travail est dur. Mais les salaires sont jusqu’à trois fois plus élevés que pour un travail comparable sur le continent.

    Lieu de travail pour plus de 100 personnes

    Les quelque 120 à 130 personnes en service sur Njord A se répartissent entre quatre domaines: forage, exploitation, maintenance et intendance. La plate-forme compte 45 petites chambres doubles et 47 chambres simples avec douche et toilettes. Les autres locaux sont les bureaux, le centre de commande, les ateliers, la cantine et cuisine, les salles de loisirs et de fitness, et l’infirmerie. Les trois étages sont reliés par escaliers et par ascenseur. La plate-forme produit chaque jour 20 000 barils (3,1 millions de litres) de pétrole, et 6 millions de m3 de gaz naturel. Soit deux fois plus de gaz que de pétrole. Le mélange, qui remonte d’une profondeur de 3000 m, est trié dans des séparateurs. Le pétrole est acheminé à Njord B, un bateau-citerne non habité et ancré à demeure, via une conduite d’un peu moins de 4 km. Au moins une fois par semaine, le pétrole est transvasé dans un tanker. Le gaz naturel est purifié et comprimé, puis acheminé par un pipeline de 40 km jusqu’au gazoduc Asgard, qui court sur le fond marin jusqu’à Kårstø. De là, une autre conduite traverse la mer du Nord à destination d’Emden, où le gaz est injecté dans le réseau de transport allemand. Le gaz naturel de Njord parcourt environ 2000 km avant d’arriver en Suisse. L’eau des forages est réinjectée dans le sous-sol, afin d’augmenter la pression dans les gisements.

    Senseurs tous azimuts

    Au moment de notre visite, les travailleurs d’une entreprise mandatée font un nouveau forage. Les vagues heurtent les piliers de la plate-forme, lançant des jets d’écume. On a le sentiment que la colonne de forage ne cesse de monter et descendre. Mais en fait, c’est la plate-forme qui, suivant la houle, s’élève et retombe de 5 à 6 m avec un petit mouvement latéral. Niveau de sécurité absolu pour la colonne de forage: l’air y est constamment analysé quant à sa teneur en méthane. Car explosions et incendies sont redoutés comme la peste. Les photos sont autorisées, à condition de déclencher le flash et de le masquer avec du ruban adhésif noir. Faute de quoi l’un des nombreux senseurs risquerait de déclencher l’alarme feu, et de stopper toute l’activité – avec pour corollaire une course express dans les canots de sauvetage.

    Veiller au moral des collaborateurs

    Et voilà déjà le soir. Le chef de la plate-forme nous invite encore à la cantine pour le souper. «Il nous faut veiller au moral de notre personnel», explique-t-il en présentant le buffet: large choix d’entrées, plusieurs plats principaux, et desserts. L’alcool est interdit: vins et bières sont sans alcool. Et comme personne dans l’équipe n’a le mal de mer, nous pouvons nous en donner à cœur joie. Les haut-parleurs annoncent que le vol retour est retardé. D’une demi-heure, voire d’une heure entière. Nouvelle annonce: la vitesse a dépassé la limite de sécurité prévue pour l’atterrissage. Les fanaux de l’ère de décollage virent du vert au rouge. Des lits sont disponibles, les vivres suffisants pour des semaines, mais nous attendons dans les fauteuils de la salle de séjour. Au mur, le poster d’un grand navire. Le vaisseau tangue, au rythme de la plate-forme. Peu avant minuit, les vents faiblissent un peu. Nous enfilons nos combinaisons de survie, remontons sur l’escalier qui mène à l’ère de décollage. Peu après, l’hélicoptère cercle autour de Njord A, illuminée comme en plein jour. Et le pilote met le cap sur le continent. (bä.)

    Faits et chiffres
    La plate-forme Njord A est exploitée par StatoilHydro. L’entreprise possède 20% de l’ouvrage, tout comme Gaz de France et ExxonMobil. Le reste des participations se répartit entre E.On Ruhrgas (30%), Petoro (7,5%) et Endeavour Energy (2,5%).

    StatoilHydro est née en octobre 2007 de la fusion de Statoil et des activités pétrolières et gazières de Norsk Hydro. Les deux entreprises avaient alors déjà 30 ans d’expérience l’exploitation des forages.

    Le nouveau groupe, dont le siège est à Stavanger, est coté en Bourse. Il occupe actuellement quelque 31 000 employés dans 40 pays. Plus grand employeur de Norvège, il est encore majoritairement entre les mains de l’Etat. Il chiffre sa capitalisation à 500 milliards de couronnes, soit plus de 100 milliards de francs suisses. La production quotidienne de pétrole et de gaz du groupe dans le monde entier correspond à 1,7 millions de barils (1 baril = 159 litres). Il est leader mondial dans la technique des forages sous-marins à grande profondeur.

    En 2007, la Norvège a produit 90 milliards de m3 de gaz naturel et 933 millions de barils de pétrole. La majeure partie de la production relève de StatoilHydro. L’entreprise exploite une quarantaine d’installations de forage dans le pays. La production de gaz naturel de la Norvège correspond à presque 30 fois la consommation suisse (3,4 milliards de m3). L’année dernière, 21% du gaz naturel consommé en Suisse provenait de Norvège.

    Swissgas possède une participation de 10% dans Bayerngas Norge (Oslo) depuis 2007. Ce qui permettra à la Suisse d’avoir pour la première fois un accès direct à des gisements de gaz naturel à l’étranger, dès que la société produira elle-même du gaz naturel.

    Pour en savoir plus:
    StatoilHydro www.statoilhydro.com
    La plate-forme Njord: http://www.statoilhydro.com/en/ouroperations/explorationprod/ncs/njord/pages/default.aspx
    Prévisions météo, plate-forme Njord A: http://www.yr.no/place/Norway/Hav/Njord_A/
    Emission Einstein sur la TV suisse alémanique, diffusée le 20.11.2008 http://www.sf.tv/sf1/einstein/sendung.php?docid=20081120
    Article sur la plate-forme d’Ekofisk, Gazorama 6/2003gaso6 03 d

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