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Numéro 5 / septembre-octobre 2011
Congrès 2011 de l’Association Française du Gaz: soyons smart !
Les conclusions du rapport spécial de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) paru en juin 2011 et énigmatiquement intitulé « Entrons-nous dans un âge d’or du gaz ?» ont plané sur le congrès 2011 de l’AFG. Selon ce rapport, « …le gaz naturel va être amené à jouer un rôle central pour répondre aux besoins énergétiques de la planète au moins pour les 25 prochaines années. Pour des raisons environnementales, la demande de gaz naturel croîtra dans toutes les parties du monde pour remplacer le charbon et le fioul… ». Limitées à 60 ans il y a peu, les prévisions de l’AIE tablent désormais sur des ressources gazières conventionnelles pour encore 120 ans (au rythme de consommation actuel), prolongées de 130 ans supplémentaires grâce aux gisements non-conventionnels. Quels sont les défis qui attendent les gaziers après cet extraordinaire retournement de situation ?
Les grandes manœuvres ont commencé
A Paris, quelques uns des plus grands énergéticiens ont exposé comment ils comptent relever ce défi planétaire. A l’est, Gazprom mise encore plus fortement sur l’exploration gazière, le développement de l’infrastructure de transport (pipelines Nordstream et Southstream), le gaz naturel liquéfié (GNL), la production électrique (Gazprom et Renova ont fusionné leurs actifs dans le domaine de l'électricité dont les capacités cumulées s'élèvent à environ 52 Gigawatts) et le commerce des certificats C02 (carbon management). Le groupe russe ne cache pas ses intentions de développer également les infrastructures de distribution locale et son réseau commercial au travers de sa filiale Gazprom Energy, qui propose déjà du gaz naturel et de l’électricité dans l’hexagone, au Royaume-Uni et en Irlande. Plus proches de nous, Total et GDF-Suez annoncent d’importants investissements en Asie-pacifique et en Amérique du sud ainsi que des opérations de fusion-acquisition. Pour exemple, GDF-Suez a opéré un rapprochement avec le fournisseur britannique d'énergie International Power (IP) qui lui permet désormais de disposer d'une capacité de production totale d'électricité de 107 Gigawatts, passant devant l'allemand E.ON, l'italien Enel et les trois premières entreprises chinoises du secteur. L'ancien Gaz de France devient ainsi le 2ème producteur mondial d'électricité derrière un autre français, EDF (136 Gigawatts). Le groupe français a également signé un protocole d'accord avec le fonds souverain chinois China Investment Corp (CIC), ce qui lui permettra de disposer d’un partenaire financier puissant pour développer ses activités en Chine.
Prochain défi : les réseaux intelligents (smart grids)
A la lumière du portefeuille d’activités de ces grands groupes, le métier d’énergéticien prend tout son sens : produire et distribuer l’énergie appropriée au bon endroit, au bon moment et à la bonne personne. Mais les contraintes sont nombreuses pour atteindre cet idéal, notamment en matière de gestion de flux d’énergies aussi différentes que l’électricité (produite localement ou non, d’origine thermique, nucléaire, éolienne, solaire, marée-motrice,…), le gaz naturel (issu de la biomasse, de synthèse, liquéfié, …), la chaleur ou le froid (issu de pompes à chaleur, de rejets industriels, de sous-produit de centrales électriques, …).
L’enjeu est considéré comme majeur par la commission européenne qui annonce: « Les réseaux intelligents permettront en particulier aux consommateurs de suivre leur consommation effective d’électricité en temps réel : des compteurs intelligents encourageront fortement les consommateurs à économiser énergie et donc, argent. Des estimations montrent que des réseaux intelligents électriques devraient réduire de 9% les émissions de CO2 dans l’UE et la consommation d’énergie des ménages de 10%. Les réseaux intelligents contribueront également à renforcer la sécurité des systèmes électriques et sont un élément-clé du marché énergétique interne et de l’intégration de grandes quantités d’énergies renouvelables.”
Soucieuse d’associer l’énergie gaz naturel à cette démarche, la commission Européenne a missionné l’association technique européenne du gaz naturel Marcogaz, qui a constitué une « task force for Smart Grids». Les premiers résultats des travaux de la task force, présentés au Congrès de Paris, montrent que les réseaux de gaz naturel et d’électricité interagiront de plus en plus : le premier agissant comme stockage du second au travers de la production de méthane de synthèse issu des renouvelables excédentaires, le second transportant l’électricité issue de centrales à gaz –centralisées ou décentralisées-, plus flexibles que la production nucléaire ou renouvelable. La nécessité de disposer de réseaux intelligents pour le gaz naturel se justifie d’autant plus que l’injection de gaz naturel non-conventionnel, de biogaz et de gaz de synthèse impliquera un contrôle accru des compositions.
Concrètement, Gaz Réseau Distribution France (GrDF) a d’ores et déjà initié un projet de télé-exploitation de son réseau, avec un parc de 3'000 équipements de télésurveillance en service à ce jour. Deux étapes supplémentaires viendront compléter le dispositif actuel. Un premier palier de 7'000 équipements (3'000 coffrets basse pression et 4'000 postes réseau) ainsi que de 10 points d’injections de bio-méthane connectés à un superviseur national sera mis en œuvre entre 2012 et 2014. Le second palier verra l’intégration centralisée entre 2015 et 2020 des futurs compteurs intelligents pour l’ensemble des clients ainsi que de 100 points d’injection à son système SCADA (Supervisory Control and Data Acquisition). Avec ce dispositif, GrDF pourra notamment interagir entre les sources d’injection et de consommation, piloter et conduire son réseau depuis ses centres d’exploitation et de conduite et bien entendu facturer ses clients.
Défi suivant : les compteurs intelligents (smart meters)
De quoi parle-t-on ? Un compteur « intelligent » est un compteur disposant de technologies avancées, dites AMR (Automated Meter Reading) qui identifient de manière plus détaillée et précise, et éventuellement en temps réel la consommation énergétique d’un foyer, d’un bâtiment ou d’une entreprise, et la transmettent, par téléphone ou courant porteur en ligne, au gestionnaire des données de comptage. Les compteurs « intelligents » peuvent notamment établir des factures en temps réel et repérer les postes qui coûtent le plus au client. Ils peuvent éventuellement l’informer de microcoupures ou de pertes sur le réseau électrique. Du point de vue de l'entreprise, ils permettent des gains de productivité importants via la suppression des emplois de personnels chargés du relevé des compteurs.
Lorsque le compteur est en plus programmable à distance et équipé d'un appareil de coupure à distance, il est dit AMM (Advanced Meter Management). Cette deuxième qualité est capitale car elle va bien au-delà du simple relevé à distance et ouvre l'ensemble du réseau de distribution à des évolutions profondes qui mèneront à la création de réseaux intelligents.
En la matière, Gaz Réseau Distribution France (GrDF) a investi là-aussi depuis plusieurs années dans un programme de relevé à distance présenté lors d’un atelier dédié à ce thème. Aujourd’hui, quelques 4'000 clients consommant annuellement plus de 5 GWh chacun sont télé-relevés quotidiennement via une ligne téléphonique. Pour les clients entre 300 MWh et 5 GWh, 50'000 points de distribution sont actuellement relevés mensuellement via une solution point-à-point GSM/GPRS, sur un objectif de 100'000 points de mesure à l’horizon 2012. A noter que selon GrDF, le taux de réussite pour cette solution est de plus de 99% dans la mise à disposition des données de relevé. Enfin, un vaste projet (projet AMR) est en cours visant à utiliser le réseau radio fixe pour relever semestriellement les 11 millions de clients restants. L’implémentation des compteurs intelligents de cette dernière phase s’étalerait sur les années 2014 à 2020, une période de test de 4 technologies ayant déjà été conduite pendant une année sur environ 18'500 compteurs. (pak)
Actuel
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Rédaction
Pierre-Alain Kreutschy
kreutschy@anti-cluttergaz-naturel.ch
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